25 décembre 2008
Sauver l'hôtel Lambert malgré Christine Albanel !
AFP. Le maire de Paris Bertrand Delanoë a demandé mardi que soit "reconsidéré" le projet de rénovation de l'Hôtel Lambert, un des plus beaux hôtels particuliers du XVIIème siècle dans la capitale, désormais propriété de la famille de l'émir du Qatar qui veut y installer ascenseurs et parking.
Dans une lettre à la ministre de la Culture Christine Albanel, le maire de Paris estime que le projet actuel constitue une "véritable menace" pour cet hôtel particulier de la fin du règne de Louis XIII, "joyau du patrimoine parisien", situé à la pointe de l'île Saint-Louis au milieu de la Seine, en plein centre de la capitale.
Bertrand Delanoë souhaite que le projet "puisse être reconsidéré, en prenant le temps d'un examen approfondi, et en mettant en place les conditions d'une instruction indépendante, centrée sur le seul enjeu" de la question patrimoniale.
Selon le quotidien Le Monde, qui a révélé l'information, "l'affaire est sensible" car cet hôtel classé a été racheté en 2007 par la famille de l'émir du Qatar, pays avec lequel la France entretient des relations "privilégiées".
Dans sa lettre, le maire déclare partager "l'indignation" des experts de la Commission du vieux Paris qui ont émis le jeudi 18 décembre un "voeu unanime de protestation" contre ce projet.
Cette Commission consultative composée d'experts et d'élus proteste contre "l'ampleur et la radicalité des interventions prévues" par le projet confié à un architecte en chef des monuments historiques.
Ascenseurs, climatisation, salles de bain dans chaque chambre vont conduire au "sacrifice des distributions anciennes et de certains dispositifs architecturaux originels", selon la Commission. Elle s'oppose également au projet de création d'un parking avec accès sur le quai, qui supposera de rehausser le mur d'enceinte.
L'Hôtel Lambert étant un monument historique classé, c'est au ministère de la Culture qu'il revient de donner son feu vert au projet de restauration.
La ministre Christine Albanel a réagi en dénonçant des "arrière-pensées politiques" du maire socialiste de Paris. Ben voyons! Trop facile comme argument...!
"L'Etat a pris toutes ses responsabilités pour surveiller les conditions de restauration de ce bâtiment classé", a indiqué Mme Albanel, citée par son cabinet.
L'Hôtel Lambert possède déjà douze salles de bain et trois ascenseurs, fait valoir le ministère. Il n'est pas prévu de créer de nouvelles salles d'eau mais un quatrième ascenseur est envisagé, selon le ministère.
En revanche, la piscine actuellement installée dans les sous-sols, devrait disparaître, ajoute-t-on. Le nouveau propriétaire a prévu d'investir 13 millions d'euros dans la restauration de l'Hôtel, selon le ministère.
En temps de crise, l'argent du pétrole achète tout, même le ministère de la Culture !
Plan d'ensemble de l'hôtel Lambert par Le Vau (v. 1640)
Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793), La pointe orientale de l'île Saint-Louis, avec l'hôtel de Bretonvilliers et l'hôtel Lambert (au second plan), 1757, Paris, musée Carnavalet.
Teofil Kwiatkowski, 1849-1860, Polonaise de Chopin : Bal à l'hôtel Lambert. gouache. National Museum Poznań, Poland Muzeum Narodowe w Poznaniu, Polska
L’Hôtel Lambert, situé 2, rue Saint-Louis en l'île sur l'île Saint-Louis, a été bâti à partir de 1639 pour Jean-Baptiste Lambert, conseiller et secrétaire du roi, cet hôtel est demeuré en l’état, à l’exception du décor intérieur.
L’architecte Louis Le Vau y conçoit un plan particulièrement complexe pour s'adapter au terrain : il place le corps de logis principal à droite sur la cour, entre celle-ci et le jardin.
Le grand appartement du premier étage sur cour donne de plein pied sur le jardin, à cause de la surélévation de celui-ci.
Le décor des trois cabinets, dits de l’Amour, des Muses et des Bains, réalisés par Le Sueur, ainsi que celui de la grande galerie par Le Brun, rendirent célèbre cet hôtel dès sa création.
Propriété de la famille Lambert de Thorigny, puis, successivement, du fermier général Dupin, du marquis de Châtelet, du fermier général Marin de la Haye et du comte de Montalivet, l’hôtel, il a été un temps transformé en entreprise de fourniture de lits militaires.
Acheté par le prince polonais Adam Czartoryski, en 1831.
Il a été la propriété de la famille Rothschild depuis les années 1950 et vendu en 2007 à la mort du baron Guy par ses fils au frère de l'émir du Quatar.
L'Hôtel Lanbert en 1900
Vues de la cour de l'hôtel
Vues du jardin
Bernard Picart, 1713-1719. La galerie d'Hercule de l'hôtel Lambert. Gravure.
La galerie aux alentours de 1940
Deux vues de la galerie vers les années 1980
La galerie d'Hercule
Détail de la voûte
La porte de la galerie d'Hercule.
Détail de la galerie d'Hercule : deux trumeaux de Gérard van Opstal et l'une des peintures ajoutées au XVIIIe siècle
Détail de la voûte. Cette nature morte située au-dessus de la porte d'entrée de la galerie montre des vases d'argent, peut-être un clin d'oeil à la collection des Lambert.
La fausse tapisserie peinte par Le Brun sur la voûte de la galerie. En haut, la délivrance d'Hésione, en bas la lutte contre les centaures d'Arcadie
Détail de la voûte : la préparation du festin de noces d'Hercule et d'Hébé
Détail de la voûte : les dieux assemblés
Un dîner organisé dans la galerie d'Hercule par Marie-Hélène et Guy de Rothschild
Le salon des Muses
Une des plus belles pièces de l'hôtel Lambert était, au XVIIe siècle, le salon des Muses, orné d'un plafond et de peintures d'Eustache Le Sueur, conservées au Louvre depuis leur acquisition par Louis XVI en 1776. Dans les années 1940, un second plafond de Le Sueur, composé d'arabesques et de motifs allégoriques et crée pour une autre salle du bâtiment, remplaçait celui parti au musée. On peut voir dans l'alcôve une oeuvre de Simon Vouet, le Sommeil. Le salon des Muses faisait partie des appartements de Madame Lambert de Thorigny.
Eustache Le Sueur (1616-1655). Phaëton demande à Apollon de conduire le char solaire. Hôtel Lambert, plafond du salon des Muses. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655), Melpomène, Erato et Polymnie. Hôtel Lambert, salon des Muses. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655), Clio, Euterpe et Thalie. Hôtel Lambert, salon des Muses. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655), Terpsichore. Hôtel Lambert, salon des Muses. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655). Uranie. Hôtel Lambert, salon des Muses. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655), Calliope. Hôtel Lambert, salon des Muses. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Le cabinet de l'Amour
Décoré par Eustache Le Sueur, mais aussi par Jan Asselijn (vers 1610-1652), Bertholet Flemalle (1614-1675), il faisait l'admiration des contemporains des Lambert. Les oeuvres d'art qu'il contenaient se trouvent aujourd'hui au Louvre et, du moins en 1945, au château de Lagrange, près de Sancerre, où les avait fait transporter le comte de Montalivet.
Jan Asselijn (vers 1610-1652). Ruine et cabane de bergers. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Jan Asselijn (vers 1610-1652). Paysage avec une tour surplombant une rivière. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Henri Mauperché (1602-1686). Paysage au pont. Hôtel Lambert, cabinet de l'Amour. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre (emplacement inconnu dans le cabinet)
Pierre Patel le père (vers 1605-1676). Paysage avec ruines. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre. (emplacement également inconnu)
Pierre Patel le père (vers 1605-1676). Paysage avec ruines. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Herman van Swanevelt (1600-1655). Paysage au bac. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Jan Asselijn (vers 1610-1652). Paysage avec un troupeau traversant une rivière. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Herman van Swanevelt (1600-1655). Soleil couchant. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Bertholet Flemalle (1614-1675). Le sacrifice d'Iphigénie. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Giovanni Francesco Romanelli (1610-1662). Vénus versant le dictame sur la blessure d'Enée. Hôtel Lambert, lambris du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655). L'Amour dérobe la foudre à Jupiter. Hôtel Lambert, au-dessus de la cheminée du cabinet de l'Amour
Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
François Perrier (vers 1590-1600 - 1650), Enée et ses compagnons combattant les harpies. Hôtel Lambert, compartiment du plafond du cabinet de l'Amour. 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655), L'Amour ordonne à Mercure d'annoncer son pouvoir à l'Univers. Hôtel Lambert, compartiment du plafond du cabinet de l'Amour. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655), Vénus présente l'Amour à Jupiter. Hôtel Lambert, compartiment du plafond du cabinet de l'Amour. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Eustache Le Sueur (1616-1655), Ganymède enlevé par Jupiter. Hôtel Lambert, dessus de porte du cabinet de l'Amour. Vers 1646-1647. Paris, musée du Louvre
Toutes ces toiles ont été achetées par Louis XVI en 1776.
Remerciements à lesmenines.mabulle.com pour la plupart des iconographies
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